L'amour ressemble, Marguerite de France - La belle Crépusculaire, Tristan L'Hermite

Robert WERNER
Avec Robert WERNER
Correspondant

L'amour ressemble 

 

L'amour ressemble un champ, le laboureur l'amant;

L'un et l'autre présument, à la fin de l'année,

Selon qu'elle sera mauvaise ou fortunée,

Moissonner le chardon, la paille ou le froment.

 

La paille est la douceur d'un vain contentement,

Mais le vent la dérobe aussitôt qu'elle est née;

Le chardon, la rigueur d'une Dame obstinée;

Et la grâce est le grain qu'on recueille en l'aimant.

 

L'amant ne peut gagner, pour service qu'il fasse,

Un point d'honneur plus haut qu'être en la bonne grâce

D'une Dame accomplie, objet de sa langueur.

 

La grâce vient du coeur, et toute autre espérance

S'éloigne du devoir d'honnête récompense.

Que désire-t-on plus en amour que le coeur?

 

La belle Crépusculaire 

Sur la fin de son cours le Soleil sommeillait
Et déjà ses coursiers abordaient la marine,
Quand Élise passa dans un char qui brillait
De la seule splendeur de sa beauté divine.

Mille appas éclatants qui font un nouveau jour
Et qui sont couronnés d'une grâce immortelle,
Les rayons de la gloire et les feux de l'amour
Éblouissaient la vue et brûlaient avec elle.

Je regardais coucher le bel astre des cieux,
Lorsque ce grand éclat me vint frapper les yeux,
Et de cet accident ma raison fut surprise.

Mon désordre fut grand, je ne le cèle pas.
Voyant baisser le jour et rencontrant Élise,
Je crus que le Soleil revenait sur ses pas.

 

 

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